Court-circuiter la transition énergétique !

Une opinion publiée le 12 janvier 2024 sur L’Agefi.
Par Michel de Rougemont et Markus Saurer

Malgré toutes les affirmations volontaristes, la transition énergétique que veut entreprendre la politique suisse – une électrification de toutes les activités de chauffage domestique et industriel et du transport routier, accompagnées de vœux pieux d’économies, de rationnements inévitables et d’importations improbables – reste une tâche irréalisable quel qu’en soit le statut législatif actuel. C’est démontré à chaque fois que les mensonges habituels sont prononcés par des experts et répétés par des idiots utiles au service d’une cause politique plutôt que de la réalité.

Sans entrer dans plus de détails il suffit de rappeler l’ineptie qui consiste à substituer des formes d’énergie denses, efficaces et bon marché par des sources intermittentes que l’on dit renouvelables. Le sont-elles parce qu’il faut les remplacer tous les 25-30 ans ? Pourtant, puisqu’intermittentes et non pilotables, elles ne satisfont jamais la demande en temps voulu. Elles envahissent les territoires et, même à faible dose, elles déstabilisent le réseau. Leurs coûts sont exorbitants si l’on y intègre les nécessaires puissances de réserve, moyens de stockage et capacités de transport.

Alors qu’au cours des cinquante dernières années la Suisse a su si bien profiter des bienfaits d’un mariage de raison entre ses capacités hydrauliques et nucléaires, elle ferait bien de se joindre aux 22 pays respectables qui affirment leur préférence à cette technologie non pas pour des raisons idéologiques mais par une comparaison honnête entre les alternatives tant du point de vue de la fonctionnalité, de la sûreté, des impacts sur l’environnement et de l’accessibilité économique.[1]

Bien qu’irréalisable, le secteur électrique s’obstine à soutenir la stratégie énergétique 2050+(sic) du Conseil fédéral. Les conseils d’administration des entreprises de ce cartel de monopoles étatiques sont peuplés d’apparatchiks, complétés désormais par des conseillers en durabilité. Tant stratégique qu’opérationnelle, sa gestion avait pourtant été confiée à des ingénieurs qui étaient parmi les meilleurs et qui travaillèrent avec un grand sens des responsabilités pour établir des systèmes d’approvisionnement sûrs, autonomes, interconnectés avec toute l’Europe, durables, et décarbonés, donc en avance sur leur temps.

Ce n’est plus le cas aujourd’hui car, au cours des derniers trente ans, plus aucun investissement majeur n’a été fait par ce secteur. Au contraire, aggravée par la fermeture de la centrale de Mühleberg, nous sommes déjà en pleine dépendance importatrice de courant alors même que la transition énergétique n’en est encore qu’à ses balbutiements. Attiré par les sirènes des marchés étrangers pour aller construire des moulins à vent en Espagne ou des turbines à gaz ailleurs et ne désirant pas non plus éviter les écueils de l’écologisme politique, ce secteur fait du clientélisme. Mais en fait, il faillit à sa mission première qui est d’assurer l’approvisionnement du pays.

Le marasme énergétique dans lequel se trouve la Suisse ne se laissera pas corriger sans que les fondamentaux – besoins, moyens, délais – ne soient passés en revue de manière impartiale et rigoureuse. L’argument du sauvetage de la planète ne touchera que les ingénus soumis à des idéologues.

La complaisance politique, le conformisme idéologique et l’incompétence doivent disparaître, à commencer immédiatement par la direction de l’Office fédéral de l’énergie et suivie par une vraie professionnalisation (dépolitisation) des conseils d’administration des 600 entreprises concernées. L’initiative d’une telle remise en question devra venir du parlement, seule institution qui en soit éventuellement capable, si ses membres en ont le courage.


[1]    Voir à ce sujet l’étude « Approvisionnement électrique de la Suisse conforme aux objectifs climatiques.»


Cet article est une version très abrégée d’un article de fond. Cliquer ci-dessous.

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3 thoughts on “Court-circuiter la transition énergétique !”

  1. Que voilà une philippique bienvenue, mettant en cause la branche de l’électricité !
    Et, derrière elle, bien sûr, les conseils d’administration et donc les propriétaires que sont les cantons et les communes. La pure politique des politiciens a choisi la “Stratégie énergétique 2050” et les “Perspectives énergétiques 2050+” pour mettre en œuvre prioritairement et exclusivement le recours aux sources d’énergie renouvelables pour assurer nos besoins (et futurs besoins accrus) en électricité. Elle a oublié, par ignorance ou mécompréhension de certaines bases physiques, qu’il y a toujours, superposées, une demande de puissance en ruban et une autre en pointe. Il est impossible de garantir la première en se basant sur des sources intermittentes et aléatoires.
    En Suisse, ce sont à ce jour de l’ordre de 5 GW (demain ce seront 7 GW) qu’il faut assurer coûte que coûte et continûment, ce qui est actuellement fait par 2 GW de centrales hydrauliques au fil de l’eau et 3 GW de centrales nucléaires. Remplacer cette dernière puissance par des sources non pilotables est une impossibilité physique. D’autre part, compter sur des importations est une grave faiblesse, car, même si, demain, un accord sur l’électricité avec l’UE venait à être conclu, il ne sera jamais certain ni garanti que la Suisse soit toujours servie en cas de besoin. Cela d’autant plus que les périodes de lacunes ou de défections de production solaire ou éolienne sont généralement les mêmes pour toute l’Europe (nuits et basses pressions).
    Compter sur ses propres forces avec uniquement le recours à des sources intermittentes représenterait de devoir faire non seulement un stockage quotidien jour/nuit, mais aussi un stockage saisonnier de l’été sur l’hiver proprement énorme, soit l’équivalent de plusieurs Grandes-Dixences, soit un stockage sous forme d’hydrogène, comprimé à 200 bars, qui représenterait un volume de deux dizaines de millions de m³, soit près de quatre fois le volume des tunnels de base du Gothard.
    Pensons-y.

  2. Très bon article avec un point de vue global qui manquait jusqu’à présent dans le débat public dans cette vision d’ensemble. Je le recommande vivement.

    Depuis plus de 40 ans, une peur indicible et totalement irrationnelle de la technique nucléaire a été entretenue, surtout par la politique de la gauche verte. Il en a résulté une croyance complètement folle en la “possibilité de résoudre tous les problèmes énergétiques” grâce aux énergies dites “renouvelables”. Au moyen d’un “tournant énergétique vers le solaire et l’éolien” chargé de morale, cela a conduit à une attitude naïve qui perdure encore aujourd’hui chez de nombreuses personnes. Par la phobie parallèle d’un “changement climatique et d’un réchauffement de la terre dus à l’homme”, jusqu’à l’exaltation quasi-religieuse d’un “enfer climatique” (selon A. Guterres), on a encore renforcé la croyance en l’expiation, la béatitude et la rédemption par les “énergies renouvelables” et empêché jusqu’à aujourd’hui de porter un regard lucide sur la question.

    Mais peu à peu, la réalité nous entoure : la politique climatique et énergétique dysfonctionnelle de l’Allemagne, qui coûte des milliards d’euros et se fait exclusivement au détriment de la population et de sa prospérité, nous montre de plus en plus clairement à quoi tout cela aboutit : certainement pas au paradis. Plutôt une économie de commande par une nouvelle version du marxisme ou une sorte d’écosocialisme avec toutes ses conséquences. En Allemagne, on parle déjà de DDR 2.0…

  3. Le titre de l’article est malheureusement mal choisit, de cette façon le CNN se tire lui-même une balle dans le pied!!
    Beaucoup de choses vont changer à l’avenir, les technologies évoluent continuellement, les éminents ingénieurs et économistes du CCN devraient le savoir.
    Traiter ceux qui ont une autre opinion d’incapables ou d’irresponsables manque de classe.

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